Une étude récente intitulée Enhanced Brain-Heart Connectivity as a Precursor of Reduced State Anxiety after Therapeutic Virtual Reality Immersion, publiée dans Advanced Science en 2025, apporte un nouvel éclairage sur les raisons pour lesquelles certains individus répondent positivement à la thérapie de l'anxiété par VR alors que d'autres non. Dirigée par Idil Sezer et Anton Filipchuk, l'équipe de recherche a examiné l'activité du cerveau et du cœur lors d'une intervention contre l'anxiété basée sur la VR. Leurs conclusions offrent la première preuve que la connectivité entre le cerveau et le système nerveux autonome, connue sous le nom de couplage cerveau-cœur, peut prédire la réponse thérapeutique.
Prédire la réponse à la thérapie de l’anxiété par VR : une étude scientifique

La réalité virtuelle (VR) s'est imposée comme un outil prometteur dans le domaine de la santé mentale, en particulier pour la gestion de l'anxiété. Contrairement aux traitements pharmacologiques, les interventions basées sur la VR sont non invasives, comportent moins d'effets secondaires et peuvent être déployées à grande échelle. Pourtant, un défi majeur persiste : tout le monde n'en bénéficie pas. Les raisons de ces différences sont restées largement inconnues jusqu'à présent.
Contexte.
Le fossé de l’anxiété : pourquoi les traitements non pharmacologiques n’aident pas tout le monde
Hétérogénéité.
Les troubles anxieux affectent plus de 300 millions de personnes dans le monde [1] et la demande d'interventions non médicamenteuses accessibles a explosé. La thérapie par VR a déjà démontré son efficacité dans de multiples études, que ce soit pour la peur de voler, l'acrophobie, l'anxiété sociale ou la réduction du stress général.
Pourtant, les résultats cliniques révèlent un problème récurrent : l'hétérogénéité de la réponse. En d'autres termes, certains individus montrent une réduction rapide de l'anxiété après une thérapie par VR, tandis que d'autres ne rapportent que peu ou pas d'amélioration.
La plupart des recherches existantes ont tenté de résoudre ce problème en modifiant le contenu psychologique des interventions : ajustement des récits, de l'intensité de l'exposition ou des conseils de relaxation. Cependant, cette approche suppose que la limite réside dans la conception de l'intervention, plutôt que dans la neurophysiologie individuelle.
Modèle Neuroviscéral.
Le modèle d'intégration neuroviscérale [2] propose que la régulation émotionnelle dépende d'une coordination dynamique entre les régions de contrôle cortical (régions préfrontales et cingulaires) et les systèmes nerveux autonomes (régulation vagale et sympathique). Si ces interactions neurales-autonomes diffèrent d'un individu à l'autre, cela pourrait expliquer pourquoi certaines personnes sont biologiquement plus réceptives aux thérapies basées sur la VR.
Jusqu'à récemment, cette idée n'avait pas été testée directement dans un cadre de VR. L'étude de Sezer et al. [3] est l'une des premières à examiner comment les signaux du cerveau et du cœur interagissent pendant la thérapie par VR et comment ces interactions diffèrent entre les répondeurs et les non-répondeurs au traitement.
La compréhension de ce mécanisme pourrait transformer la manière dont les solutions de santé mentale basées sur la VR sont déployées, passant d'une approche unique à un cadre thérapeutique personnalisé.
Ce qui est en jeu.
La variabilité de la réponse au traitement n'est pas un problème trivial, elle affecte directement les résultats cliniques, l'adoption par les prestataires de soins et la confiance à long terme dans les thérapies numériques. Si les cliniciens et les plateformes de santé numérique ne peuvent pas anticiper qui bénéficiera de la VR, ils risquent de perdre du temps, de renforcer la frustration des patients et de retarder l'accès à des soins efficaces.
C’est pourquoi les biomarqueurs de réponse sont importants. En pharmacothérapie, les biomarqueurs ont révolutionné le traitement du cancer grâce à la médecine personnalisée. En santé mentale, les progrès équivalents ont été plus lents, en partie à cause de la complexité des processus neuronaux et émotionnels.
Cependant, l'étude de Sezer et al. marque un tournant en identifiant des indicateurs physiologiques mesurables en temps réel, l'activité de la bande bêta de l'EEG et la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC), qui ensemble prédisent la réduction de l'anxiété.
Si elles sont validées à plus grande échelle, ces conclusions pourraient permettre :
des protocoles de VR adaptatifs qui s’ajustent en temps réel en fonction de la physiologie de l’utilisateur ;
un triage clinique amélioré pour allouer la bonne intervention au bon utilisateur ;
un suivi objectif des progrès de la thérapie au-delà des échelles d’anxiété auto-rapportées ;
l’intégration du biofeedback et du neurofeedback pour renforcer les gains thérapeutiques.
Au cœur de l’expérience : VR immersive, EEG et signaux cardiaques
Méthodologie.
L'étude a recruté 27 participants sains rapportant une légère anxiété quotidienne. Ils ont été exposés à une brève session de VR thérapeutique développée par Healthy Mind, combinant un paysage immersif apaisant, un script hypnotique favorisant le désengagement mental et des conseils de respiration rythmée pour moduler l'activité autonome. Les niveaux d'anxiété ont été mesurés à l'aide de l'inventaire validé State-Trait Anxiety Inventory (STAI-Y1) [4].
L’activité physiologique a été enregistrée selon deux modalités :
EEG.
1. Électroencéphalographie (Electroencephalography (EEG)) : un système à 17 canaux ciblant les zones corticales médianes impliquées dans le contrôle émotionnel et cognitif, avec une attention particulière aux bandes de fréquence bêta (13-30 Hz) liées à l'attention, l'engagement cognitif et la régulation descendante ("top-down") [5].
ECG.
2. Électrocardiographie (ECG) : pour quantifier la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC), en particulier la puissance haute fréquence (HF) associée à l'activité parasympathique et la puissance basse fréquence (LF) reflétant l'équilibre sympathique et parasympathique [6][7].
Innovation.
L'innovation méthodologique clé réside dans l'analyse de la connectivité dirigée entre les signaux EEG et VFC en utilisant la causalité de Granger, révélant non seulement si le cerveau et le cœur interagissent, mais aussi dans quelle direction. Cela permet aux chercheurs de distinguer si le cerveau influence le cœur (régulation descendante) ou inversement (rétroaction interoceptive ascendante).
Les participants ont ensuite été divisés en :
répondeurs pour ceux dont les scores STAI-Y1 ont diminué ;
non-répondeurs pour ceux n’ayant montré aucun changement ou une augmentation.

Résultats
Répondeurs.
Les résultats révèlent une différence claire et convaincante entre les deux groupes. Les répondeurs ont montré une augmentation significative de l'activité bêta médiane pendant la session de VR, particulièrement au niveau des électrodes centrales et frontales.
Ce profil d'activation, associé à l'attention soutenue et à la régulation cognitive, suggère un engagement actif des réseaux de contrôle émotionnel. En revanche, les non-répondeurs ont montré une modulation bêta minimale, impliquant un engagement cortical réduit.

Couplage Cerveau-Cœur.
Les répondeurs ont également affiché une influence directionnelle EEG-vers-VFC plus forte, particulièrement sur la puissance HF, indiquant que l'activité cérébrale modulait efficacement les réponses autonomes cardiaques pendant l'immersion. Cette synchronie dynamique cerveau-cœur s'aligne avec une régulation émotionnelle adaptative, tandis que les non-répondeurs ont montré un couplage faible ou absent [8].
De plus, l'étude a révélé que les participants montrant une puissance HF plus élevée, reflétant une modulation parasympathique plus forte, tendaient à connaître une réduction de l'anxiété plus importante.

Limites à garder à l’esprit
Taille de l’échantillon.
Comme toutes les études exploratoires, ce travail présente des limites qui doivent être reconnues. Premièrement, la taille de l'échantillon de 27 participants restreint la généralisabilité et une réplication est nécessaire sur des populations diverses et des diagnostics cliniques variés, y compris le trouble anxieux généralisé ou le trouble de stress post-traumatique (TSPT).
Composantes.
Deuxièmement, l'intervention combinait plusieurs composantes : immersion en VR, suggestion hypnotique et respiration rythmée, ce qui rend difficile l'isolement du mécanisme qui stimule le couplage cerveau-cœur observé.
Long terme.
Troisièmement, l'étude a évalué la réponse immédiate. Les recherches futures devront examiner si ces biomarqueurs prédisent un bénéfice thérapeutique à long terme.
Méthodologie.
Enfin, bien que la causalité de Granger offre un aperçu précieux des interactions dirigées, la combiner avec des techniques d'inférence causale supplémentaires (par exemple, l'entropie de transfert ou la modélisation causale dynamique) renforcerait la compréhension mécaniste.
Néanmoins, ces conclusions représentent une étape charnière vers une thérapie par VR personnalisée et biologiquement informée.
Comment Neuromind peut s’appuyer sur ces conclusions
Triage par biomarqueurs.
À l'instar de la vision de l'étude, l'approche scientifique de Neuromind se concentre sur la compréhension des signatures biologiques sous-jacentes aux états mentaux pour améliorer la prédiction, le diagnostic et le traitement. En utilisant des signaux multimodaux (EEG, variabilité de la fréquence cardiaque, données comportementales, etc.), Neuromind développe des modèles d'IA explicables qui cartographient l'interaction entre l'activité neuronale et la régulation émotionnelle.
En s'appuyant sur ces résultats, Neuromind peut étendre l'utilisation du triage informé par les biomarker : avant de commencer un programme complet de VR ou de thérapie numérique, de courtes évaluations pourraient détecter des profils neurophysiologiques similaires aux « répondeurs ». Cela permettrait aux cliniciens et aux plateformes numériques d'adapter les stratégies d'intervention, comme l'intégration d'un neurofeedback ciblé ou d'un entraînement à la régulation du stress pour les individus montrant une faible synchronie cerveau-cœur.
Systèmes Adaptatifs.
Neuromind investit dans des systèmes adaptatifs en boucle fermée, où la surveillance physiologique en temps réel ajuste dynamiquement l'environnement thérapeutique. De tels systèmes pourraient, par exemple, adapter l'intensité de l'immersion ou les conseils de respiration en fonction du retour instantané de l'EEG et de la VFC. Ce paradigme transforme la thérapie numérique de statique à réactive.
Vision.
En intégrant ces conclusions, Neuromind contribue à l'émergence d'une technologie pour la santé mentale, reliant les neurosciences et l'empathie pour rendre la thérapie de l'anxiété par VR plus adaptative, mesurable et centrée sur l'humain. Pour en savoir plus sur notre travail, n'hésitez pas à nous contacter.

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